Gustav était allongé sur son lit, les yeux perdus dans le vague, l'esprit vide, il évitait de penser, ça faisait trop mal. Esquiver les pensées douloureuses, il devenait très fort pour ça. Il fût distrait de ses efforts par un petit bruit, comme un frottement. Il tourna la tête vers la porte d'où provenait le bruissement. Et il aperçut une enveloppe blanche sur laquelle était écrit son prénom. Il l'ouvrit, sortit le feuillet qui s'y trouvait et reconnu l'écriture de Georg. Georg? Écrire une lettre? La surprise l'emporta sur la colère et il commença à lire.
Gustav,
J'imagine que tu dois m'en vouloir, même pire que ça...je le comprends parfaitement...Mais je t'en prie, lis cette lettre, après je te laisserai définitivement tranquille...
J'ai été idiot...même pire. Le pire des salauds. Je t'ai fait mal. Je t'ai blessé. C'est difficile à croire mais ce n'était pas volontaire, je n'assumais pas cette attirance. J'ai eu peur. La peur rend idiot.
Et je suis idiot, car je viens de perdre mon meilleur ami. Mais aussi...mon premier amour, je crois, la seule personne que j'ai aimé sincèrement. Je ne devrais pas parler au passé, parce que mes sentiments sont toujours les mêmes.
J'avais peur du qu'en dira-t-on, des jugements, d'être faible, je me dégoûtais, je ne comprenais pas. Aujourd'hui j'ai peur de t'avoir définitivement perdu.
Je me croyais fort et en fait non. J'ai été ridicule et faible.
On se connaît depuis toujours, le premier à qui tu as dit que tu aimais les garçons, c'était moi, tu avais tellement honte à l'époque. Tu m'as dit que tu avais peur de décevoir les gens, et de me décevoir. Je t'ai répondu que tu ne pourrais jamais me décevoir et que ce que les gens disaient tu devais t'en foutre. Je t'ai dit ça...et moi...je choisis la facilité...je me suis dit hétéro...c'est tellement plus aisé à vivre...Je me suis trahi et pire que tout je t'ai trahi.
Je suis tombée amoureux de toi...c'est dur à accepter, j'ai perdu mes repères, je devenais quelqu'un qui me faisait honte...Je paniquais complètement chaque fois que je me rendais compte que ce que je ressentait pour toi dépassait la simple relation fraternelle que nous avions construite depuis si longtemps...
Et puis, cette nuit, cette nuit là a tout changé. Nous avons fait l'amour ensemble, pour la première fois, sûrement pour la dernière. Ta douceur, ton amour m'ont totalement bouleversé. Là, j'ai compris que je t'aimais à un point inimaginable. Sauf que la panique, la peur et ma maudite fierté surtout m'ont fait tout gâcher...Je regrette tellement ces choses que j'ai dite...Je n'ai jamais pensé ça...Je suis désolé...sincèrement désolé.
Ces quelques mots ne changeront sûrement pas les choses mais maintenant tu sais...Je ne peux pas vivre sans toi, je ne peux pas supporter la souffrance que tu affiches, je ne peux pas être autrement qu'avec toi. Je le sais maintenant...
Je t'aime
Georg
La surprise avait supplanté la colère. Sa rancoeur s'était atténuée au fur et à mesure de la lecture. Que Georg écrive une lettre était une chose surprenante, mais qu'il reconnaisse ses « erreurs » l'était encore plus. Il avait mis de côté sa fierté.
Gustav décida d'aller le voir, il ne savait pas ce qu'il allait lui dire, il ne savait pas ce qu'il allait faire, il ne savait même plus ce qu'il ressentait. Il avait mal, vraiment mal...mais...
Il sortit et...Georg était assis dans le couloir de l'hôtel. Il leva la tête lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir.
« Viens » lui dit simplement Gustav d'une voix neutre.
Il se leva alors et suivit le batteur dans sa chambre. Il ferma la porte derrière lui. Gustav s'était assis sur un fauteuil et lui tournait le dos.
« Je t'ai haïs tu sais... »
« je... »
« Non, laisse moi parler Georg. Je t'ai haïs parce que tu m'as fait mal, mais aussi parce que tu t'es montré faible. Tu n'es pas ce genre de personne, Georg, tu n'es pas peureux. Tu ne crains pas les autres. Tu les emmerdes comme tu dis. Je me suis remis en question.. Tu m'aimes mais tu me rejettes. Tu n'assumes rien, toi si franc. Je ne comprenais pas ou je ne voulais pas comprendre. Et puis je me suis rappelé à quel point j'avais eu peur moi aussi. J'ai tellement appréhendé le moment où tu allais savoir...où tout le monde allait savoir. Je me suis rappelé ce que c'était de savoir et de ne pas vouloir. De vouloir et ne de plus savoir. Georg, je t'aime et je n'ai besoin que d'une seule chose. Que tu me dises que tu es prêt, que tu es capable d'affronter ça, avec moi...pour nous. »
Georg se trouvait maintenant derrière le fauteuil où était installé Gustav.
« Je suis navré...pour tout...je t'aime...je ne peux pas vivre sans toi »
« Je prends ça pour un oui? »
« Oui... » souffla Georg.
Gustav se leva alors. S'approcha de son ami. Déposa un simple baiser sur ces lèvres. Un baiser de pardon, d'amour et de promesse.
"Mon" Gustav (celui de mon histoire) est pas du tout du genre de celui de la photo, mais j'adore ce montage
Merci pour vos commentaires... (they make me happy)
